La
LDH a soutenu fin 2003 une pièce de théâtre sur le droit d’asile intitulée
: «Un fou noir au pays des blancs » (R.D. Congo / Belgique) pièce de
Pie Tshibanda, avec Pie Tshibanda.

Pie Tshibanda - ©Eric Legrand
Pie Tshibanda y conte, avec humour et sensibilité, l'histoire de son exil,
du Congo vers la Belgique, ou comment un demandeur d'asile africain parvient
à nous faire rire des tracas et humiliations que nous, pays d'accueil "civilisé",
lui avons fait subir.
Les représentations
étaient suivies d’un débat sur le droit d’asile, avec intervention
de Catherine Teule, secrétaire générale de la LDH.
Pie :
“ Mon histoire commence en 1885 à la conférence de Berlin. Les puissances
coloniales se réunissent pour se partager un gâteau. Le butin s’appelle Afrique.”
“ Au cas où
vous auriez un costume prêt-à-porter que vous destinez aux Africains, je vous
demande de bien vouloir m’épargner de le mettre”
Synopsis de
la pièce
Après avoir
échappé à une épuration ethnique au Congo, Pie Tshibanda découvre en Europe
un autre laminoire, dans les bureaux du labyrinthe de l’administration belge.
Il perd sa dignité, son identité, devient suspect. Son récit aurait pu être
une tragédie, mais il a retourné cette expérience en une école de vie grâce
à la force de son humour. Il travaille aujourd’hui à aller à la rencontre
de l’Autre, à briser le mur de l’indifférence et de l’incompréhension pour
rappeler que le fou noir est un homme et que les Blancs en sont aussi.
“ La recherche
effrénée de notre bien-être nous confine dans un égocentrisme qui nous empêche
de voir qu’à côté de nous d’autres ont droit à l’existence et au bonheur.
Les guerres, la pauvreté, l’exclusion... témoignent de cette tendance que
nous avons de nous hisser sur les épaules des autres pour nous faire une place
au soleil. La répartition inégale des biens de la terre, la volonté de puissance
et de domination... autant de raisons qui expliquent que les droits de l’Homme
soient si peu respectés dans le monde, qu’il y ait tant de gens sur le chemin
de l’exil.
J’en sais quelque chose, moi qui ai vécu trois ans loin de ma famille à cause
de l’absurdité des lois sur l’accès à l’Europe. Cette Europe qui dit oui à
la mondialisation pendant qu’elle s’entoure de forteresses ! Heureusement
que sur mon chemin j’ai été secouru.
La Ligue des droits de l’Homme s’est battue pour moi, comme elle se bat pour
tant d’autres. Le combat n’est pourtant pas gagné, il y en a encore tant qui
crient au secours dans le monde ! J’ai décidé de m’en mêler et de dire à travers
mes contes qu’il y a moyen de respecter les droits de tous et de tout un chacun.
Le langage de l’art a l’avantage d’être universel.”
Pie Tshibanda
L’acteur de
la pièce
Pie Tshibanda
: Marié et père de six enfants, Pie Tshibanda est originaire de Kolwezi, une
ville située au Sud du Congo, dans la région du Katanga. Ses ancêtres, originaires
du Kasaï, avaient émigré au Katanga, après que l’on ait découvert l’existence
dans cette région de richesses minières. C’est un jeu de haine et de jalousie
qui suscite alors en 1995, une épuration ethnique dont furent victimes les
Zaïrois originaires du Kasaï. Ils n’eurent d’autres choix que de quitter le
territoire du Katanga, sous peine d’être exécutés. Psychologue, écrivain auteur
d’une dizaine de livres, Pie Tshibanda estime alors devoir dénoncer les massacres
dont il est le témoin. Il devient alors rapidement un “ témoin gênant ”, et
ne peut finalement que quitter son pays et prendre le chemin de l’exil, vers
la Belgique. Il est désormais “ un étranger ”, qui va devoir trouver sa place
et faire ses preuves.
Production "La
Charge du Rhinocéros". Avec le soutien du Théâtre de Poche à Bruxelles
et de la Ligue des Droits de l’Homme.